dimanche 23 septembre 2018

Texte: Le premier trajet

Le premier trajet


Le train trace son chemin au travers de la campagne aux champs jaunis par le soleil de juillet. Serpent de bois à la tête de fer dont le vacarme métallique déchire le calme de ce tableau bucolique.
Quelques holsteins aux flancs bicolores et aux pis généreusement gonflés détournent à peine leurs museaux de l'herbe clairsemée.

Dans la locomotive, Alfred finit de rouler une cigarette.
—Tu en veux une Jeune ?
Andreas essuie son visage luisant de sueur d'un revers de manche et se rapproche de son expérimenté collègue.
—Avec plaisir !

Le jeune homme saisit la roulée tendue. Alfred s'en roule déjà une nouvelle. L'ancien lèche le papier et d'un geste maintes fois exécuté, forme sa tige puis la porte à ses lèvres dissimulées sous un large moustache. Les deux cheminots savourent cette bouffée puis s'accoudent côte à côte sur le rebord de la locomotive. Regards perdus vers un horizon qu'ils longent à toute allure.

—C'est beau ces paysages, on a de la chance de voyager comme ça... Souffle Andreas sans véritablement attendre de réponse.
—C'est clair, mais là c'est l'été. Tu verras cet hiver que tu seras déjà moins enthousiaste.
—Pas sûr, j'ai toujours voulu bosser dans le chemin de fer, c'est mon truc. Du moment que je suis pas figé quelque-part... Ça me va.
—C'est beau la jeunesse. Moi j'ai qu'une envie maintenant, c'est de rentrer chez moi et d'aller pêcher la truite, de l'eau jusqu'aux cuisses … Trente ans que je vadrouille et ils nous font aller de plus en plus loin maintenant. On venait jamais ici avant, tu vois, mais la nature du fret a changé et faut bien s'adapter à cette nouvelle marchandise. Alfred expédie sa cigarette d'une chiquenaude et adresse un large sourire à Andreas. Ses yeux sont deux petites fentes cernées de rides noircies de charbon.

Le jeune homme ferme les yeux, l'air vivifie son visage. Il écarte ses mains, paumes faces au vent et inspire à poumons déployés. Une onde le parcourt. Il est heureux. Il entame une carrière dont il a toujours rêvé et les perspectives d'évolutions n'ont jamais été aussi larges. Tout lui sourit. Il est jeune, de la bonne couleur politique et prêt à tout pour briller aux yeux de ses chefs. Il sortira du lot, il le sait .

Le vieux cheminot est fatigué. Les jeunes loups le fatiguent. Lui, rien ne l'importe. Il ne veut pas d'histoire, il veut pouvoir pêcher. Le reste c'est pour les convaincus, pas pour lui. Alfred rompt le silence d'une voix sans expression :

—Allez, prépare-toi à la manœuvre, on va arriver... Encore une quinzaine de minutes et une fois qu'on sera arrivé, le temps qu'ils déchargent on aura le temps d'aller se boire un coup.
—Tu m'as pas dit qu'on arrivait pas dans la ville directement ?
—Si si mais t'en fais pas, mon cousin bosse là-bas et du coup on ira boire un canon avec les mecs de repos dans leur foyer.
—Parfait ! Je mettrai ma tournée générale pour mon premier trajet jusqu'ici !
—Ça marche, allez concentre toi, on va traverser la dernière ville avant le terminus...

Le train ralentit légèrement et s'engouffre dans la ville.
Andreas soulève sa casquette par la visière et la porte à sa poitrine :

—Merde, ben tu vois je suis un peu déçu. Je m'étais pas du tout imaginé cet endroit comme ça... J’imaginais ça bien plus moderne comme ville, Auschwitz...

mercredi 27 septembre 2017

Prix Steamaker 2017


Voilà le prix Steamaker que j'ai eu la chance de me voir décerner.
Merci au site des 2 Zeppelins pour leur travail à Mr Pascal Dandois pour son illustration qui donne vie à Scinco...
Merci à Rodrigo pour son soutien.






https://les2zeppelins.wordpress.com/2017/09/17/prix2017-3/